Délire à deux… à tant qu’on veut – Studio Théâtre d’Asnières

Affiche Delire à deux... à tant qu'on veut

Regoûter aux délices de l’absurde si chers à Ionesco. Voilà qui peut sembler pertinent au moment où tout le monde a envie de croire à la fin du monde. D’autant plus quand sa pièce Délire à deux… à tant qu’on veut, jouée au Studio-Théâtre d’Asnières, prend place justement dans un monde au bord de la destruction.

Dans une sorte de remake de Huis clos, un couple se réfugie dans une maison, au carrefour de deux territoires rivaux. Comme pris par l’hystérie ambiante, tous deux vont s’étriper à trop vouloir refaire le monde et le défaire, à coup de jeux de différences entre la tortue et le limaçon…

La qualité première de cette pièce assez méconnue de l’auteur, c’est qu’elle ne dure que 50min. Du coup, les logorrhées Philo-Sophistiqu(é)es à la fois triviales et absurdes de Ionesco restent tout à fait appréciables sous le couvert de l’ironie. D’autant plus quand la mise en scène de Rachel André vient dynamiter (et le mot est faible) l’ensemble dans une jolie création visuelle et scénique qui illustre à merveille la guerre intérieure et toute en verbes que se livre ce couple.

Délire à deux... à tant qu'on veutDes jolis effets sur le son qui immergent bien le spectateur dans une ambiance oppressante, voire post-apocalyptique, aux milles objets qui tombent sur scène de tous les côtés dans un joyeux bazar, le public a bien l’impression d’assister à une vraie destruction progressive de l’espace en même temps que celle du langage et de la pensée dans ce huis clos aux airs surréalistes.

Un spectacle anarchique quasi-jubilatoire en ces temps de morosité contenue, d’autant plus quand on se rend compte que les comédiens eux-même ne maîtrisent plus ce décor qui s’effondre sur lui-même, des parapluies qui s’ouvrent tout seul aux arrosoirs qui s’évadent tout seuls de la scène.

Délire à deux... à tant qu'on veut Antoine RosenfeldAu milieu de cette pluie d’objets tous plus saugrenus les uns que les autres, les comédiens s’emparent très bien du texte de Ionesco, arrivant à le rendre à la fois vivant et drôle, notamment Antoine Rosenfeld dans le rôle de l’homme qui doit continuer à tenir la boutique au moment où tous les repères s’écroulent. La metteuse en scène elle-même, qui remplaçait sa comédienne Carole Malinaud le soir de la représentation, se moule aussi très bien dans ce rôle de femme capricieuse qui arrive à traverser son couple et le décor d’éclairs de lucidité.

Car de notions abstraites en sujets abscons, de la tortue au limaçon, c’est bien notre situation actuelle et nos paranoïas galopantes que Ionesco met en lumière et la capacité de l’homme à se condamner lui-même par la pensée au moment même où tout s’effondre autour de lui. A vous de voir dans ce moment sympathique s’il est bienheureux ou non que que ce discours soit toujours autant d’actualité.
Compte-rendu le 21 décembre.

Délire à deux... à tant qu'on veut

Dernier repas.

Délire à deux… à tant qu’on veut, d’Eugène Ionesco.
Par la compagnie Yaota

hukyuilnhli

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