Rencontre avec Igor Mendjisky, metteur en scène de « J’ai couru comme dans un rêve ».

J'ai couru comme dans un rêve - Compagnie Les sans-cou

C’est la pièce à voir du moment. « J’ai couru comme dans un rêve » vous entraîne dans une course folle entre rêve et réalité, théâtre et spectacle et entre rires et larmes sur les traces de Martin, jeune trentenaire qui apprend le même jour qu’il est atteint d’une tumeur et qu’il va être père. Un spectacle sur la vie et la mort débordant de créativité qui vous regonfle le coeur d’espoir et joué par la compagnie des Sans-cou qui n’a pour le coup pas volé son nom. Rencontre avec son créateur, Igor Mendjisky.

Igor Mendjisky

Igor Mendjisky

Comment est né cette pièce qui brasse des thèmes aussi forts que la vie, la mort et l’amour?
Tout a commencé il y a trois ans. La compagnie venait de monter Hamlet, Rêves de Wajdi Mouawad et Masques et nez. Nous souhaitions  créer une pièce qui se retrouve au carrefour de ces trois projets: une réflexion littéraire intense et profonde sur la vie et le théâtre qui comporte notre travail d’improvisation. Durant plusieurs mois, les membres fondateurs des Sans cou et moi-même, nous nous sommes réuni pour jeter sur la table ce qui nous faisait encore vibrer mais aussi nos angoisses les plus profondes. Dès le départ, nous avons eu envie de racler le fond de nos ventres. Chacun est ainsi venu avec des références communes en terme de musique, de cinéma, de peinture et de danse qu’on s’est retrouvé à partager. Mais nous avons aussi tiré un constat alarmant de notre génération sur la difficulté d’identifier le combat à mener de nos jours et sur les moyens de réellement se défendre sans perdre son intégrité. C’est ce qui est devenu le thème central de la pièce : comment arriver à essentialiser ce qui reste à faire quand on se retrouve face à la Mort ? A partir de là, j’ai commencé à dégager une trame principale en faisant des membres de la compagnie ceux d’une vraie famille. Nous avons ensuite commencé a improviser autour d’une première structure en retenant les meilleurs passages et c’est ainsi que s’est écrite la pièce…

J'ai couru comme dans un rêve - Les sans couOn passe aussi bien d’une citation de Shakespeare à une chanson de David Charvet. Cela faisait partie de vos références communes ?
Cela répondait surtout à mon envie de mixer plusieurs références qui participent, chacune à leur niveau, au propos de la pièce. On y retrouve par exemple de la peinture, qui reste un art très fort pour moi depuis ma rencontre avec les toiles de Caravage à Rome et puis de la danse amenée par Esther Van Den Driessche pour apporter de la grâce sur scène. Sa chorégraphe, Valérie Glo, nous a d’ailleurs beaucoup aidé sur les musiques en nous prêtant de nombreux CD. Des morceaux ont alors collé d’eux même à certaines scènes alors que je ne les connaissais même pas. Dans la scène où Martin apparaît comme un roi au milieu de ses apôtres, je suis tombé sur ce « Dernier dîner » du choeur de Zagorsk qui sonnait alors comme une évidence ! David Charvet, c’était aussi un passage obligé parce que, malgré son côté fleur bleue, on continue de l’entendre dans toutes les soirées et parce que le titre « Should I leave, should I stay » correspond très bien à l’histoire de Martin et des autres personnages. Plusieurs éléments se répondent ainsi en écho tout le long de la pièce comme le bouquet de roses final qui fait référence aussi au nom de la fille de Martin…

J'ai couru comme dans un rêveParlons un peu de ta mise en scène qui est très cinématographique…
Cela vient d’Incendies qui a été un de mes premiers chocs théâtraux. C’est avec Wajdi Mouawad ou encore Robert Lepage que j’ai découvert qu’on était pas obligé de respecter la structure classique d’une pièce en actes et en scène pour rendre le tout plus fluide. Au niveau de l’univers, on baigne beaucoup dans celui de Michel Gondry qui demande toujours de croire en la naïveté du rêve à partir de rien. C’est ce qu’on peut voir dans la scène de l’accouchement, justement comme filmée en contreplongée, où le bébé redevient progressivement l’oreiller du mourant. Ce sont ces changements et ces transformations d’une scène à l’autre qui participent beaucoup à l’ambiance poétique d’un spectacle.

Vous aimez beaucoup interagir avec le public. Sur cette pièce quelles ont été les réactions les plus incongrues que vous ayez rencontrées ?
L’histoire dont je me rappellerais toujours est arrivée est justement arrivée le soir même où Christophe Rauck, directeur du théâtre de Saint-Denis, est venu nous voir à l’Atalante. Dès le début, lorsque Romain Cottard donne la parole au public, un spectateur s’est brusquement levé et à commencé à entonner une chanson de mariage. C’était assez vulgaire et franchouillard. On a senti l’ambiance nous échapper alors qu’il y avait des gens importants dans la salle ! Au final, quand le spectacle a commencé, c’est le chanteur qui ne savait plus où se mettre !

J'ai couru comme dans un rêve - Les sans couDans la pièce, il y a ce personnage de metteur en scène qui intervient à différents moments de la vie de Martin pour l’aiguiller dans son dernier voyage. Ce procédé de mise en abîme n’est il pas aussi un moyen de déjouer les critiques qu’on pourrait faire à la pièce ?
Ca n’était pas forcément mon intention première. C’était surtout un moyen d’ouvrir un parallèle entre la vie et le processus de création au théâtre. Mais en même temps, il représente effectivement cette voix qui montre qu’on ne reste pas dupes. Ca nous permet de mieux nous amuser avec les clichés. ca reste dans l’idée d’essentialiser les choses, et avec des thèmes aussi fort, il fallait rester vigilant au risque de très vite tomber dans des moments « Herta ». Nous avons réellement veillé a ce que le spectacle reste soigné et que ca ne ressemble pas à un téléfilm.

Prix Adami 2012 Igor Mendjisky J'ai couru comme dans un rêveIl y a des réactions très fortes autour de la pièce: les gens pleurent à la sortie, vous avez remporté le prix Adami 2012 et Wajdi Mouawad lui même a signé la préface de votre texte… C’est un peu à votre tour de courir comme dans un rêve, en fait ?
C’est réellement fabuleux tout ce que la pièce déclenche. Tous les soirs, dans la salle, j’ai l’impression de faire ressentir au public ce que j’ai pu éprouver devant de grandes pièces. Et ca reste très gratifiant de voir comment nos efforts collectifs sont récompensés, de voir ce qu’on a pu produire tous ensemble. la pièce parle justement du cadeau de la vie, et ce qu’on vit actuellement nous le fait ressentir encore plus. Ca donne encore plus envie tous les soirs de coucher notre cœur et notre âme sur le plateau.

Après une création aussi intense, a t-on encore des idées pour la suite ?
Oui, car on veut encore s’amuser sur des thèmes qui nous sont chers. Notre prochain spectacle traitera de l’identité et de comment on se définit par rapport aux autres, pour toujours mieux explorer ce qui fait notre art. L’histoire sera celle d’un homme qui se réveille en pleine prise d’otage dans un théâtre, sans savoir s’il était acteur ou spectateur de l’événement. Il va alors se balader de groupe en groupe pour essayer littéralement de se retrouver. Ce sera bien évidemment une nouvelle occasion de parler de l’identité artistique d’une troupe. la trame principale est rédigée. Il ne reste plus qu’à voir si les comédiens et les théâtres sont prêts à nous suivre dans ce projet!

J’ai couru comme dans un rêve
Par la compagnie Les sans cou

Jusqu’au 28 avril
Théâtre Gérard Philipe
Infos et réservations: 01 48 13 70 00
Ouverture: Du lundi au vendredi de 14h à 19h
Le samedi de 14h à 19h

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